Au fil des Réseaux à la rencontre de vos élus concernant la future délégation de service public des transports dijonnais.  

Dans un souci apparent d’harmonisation et de meilleure gestion des différents services affectant les thématiques de mobilité, le Grand Dijon a émis le souhait de regrouper les diverses entités au sein d’une délégation de service public (DSP).

L’association Au Fil des Réseaux s’est un temps inquiétée de la création d’une sorte de “monstre” administratif, qui accentuerait le monopole de Keolis Dijon en matière de transport public. De plus, l’association ne voyait pas ce qu’auraient à gagner les usagers en terme de coût, de service et d’intermodalité.

Il est en effet assez difficile d’imaginer que la gestion des bus et des tramways ait quoi que ce soit à voir avec celle de la fourrière, pour ne citer que cet exemple là.

C’est dans ces conditions que l’association a entrepris de rencontrer les principaux responsables politiques siégeant au Grand Dijon, afin d’obtenir leur point de vue d’une part, mais également des éclaircissements sur les différentes questions que l’association se posait, questions précitées il y a quelques lignes.

  • Le premier groupe politique a bien vouloir nous accorder audience fut le Front National. Si de nombreux sujets furent évoqués, il est apparu que notre interlocutrice ne maîtrisait  de toute évidence pas la thématique du transport public.
  • Ayant eu des contacts téléphoniques avec Emmanuel Bichot, celui-ci nous a clairement précisé son opposition à ce projet, lui préférant un retour à la régie municipale de transport. Il ne fut malheureusement pas fixé, en dépit  de deux courriers émanant de notre association, un rendez vous avec le chef du deuxième groupe d’opposition au Grand Dijon.
  • La rencontre avec Gilbert Menut, Maire de Talant et Président du principal groupe d’opposition au Grand Dijon fut en revanche bien plus fructueuse ; s’il semble que les membres de ce groupe d’opposition puissent légèrement regretter la disparition de la STRD et de son principe de gestion en régie municipale, il nous a clairement été spécifié qu’ils n’avaient pas d’opposition de principe à la création d’une DSP géante.

(Pour plus de détails, se référer au compte rendu traitant exclusivement de la rencontre avec Gilbert Menut et Laurent Bourguignat.)

  • Le 27 octobre, l’association a donc été reçue par André Gervais et Noémie Ghersallah. L’entretien a duré une bonne heure et a permis de réellement éclaircir la quasi-totalité des points (questions) précédemments évoqués. Nous avons trouvé nos interlocuteurs ouverts au débat, non avares de détails et prompts à répondre à nos questions.

La plus longue partie de l’entretien a été occupée par la présentation détaillée :  

  • tout d’abord, des enjeux à venir en matière de transports,
  • ensuite, nous a été présenté un état des lieux des différents services de la thématique mobilité offrent aux habitants de la communauté d’agglomération du Grand Dijon,
  • et pour finir, nous a été rappelé l’intérêt capital que représente en terme d’intermodalité  (selon les autorités du Grand Dijon) la création d’une délégation de service public unique.

Il semblerait que notre association ait porté un regard erroné sur l’utilité de la multiplicité des interlocuteurs et partenaires opérant pour la mobilité urbaine. Si une concurrence (libre et non faussée) peut sembler attrayante sur le papier, il apparaît qu’il est plus difficile pour le Grand Dijon de coordonner ces différents acteurs. Si l’on ajoute à cela le fait que les transports publics et leurs services associés sont aujourd’hui dirigés et financés par plusieurs acteurs institutionnels (Grand Dijon, Conseil Départemental, Région), il est facile d’imaginer l’extrême difficulté à laquelle sont confrontés chacun de ses acteurs.

L’option de la régie ou de la SEMOP (Société d’Économie Mixte à Opération unique) n’est pas envisagée ; c’est un choix politique visant à considérer que les pouvoirs publics sont moins performants dans la gestion quotidienne d’activités, celles-ci pouvant être opérées par le secteur privé.

Le “public” doit en revanche avoir un rôle de planificateur et de vision à long terme. L’utilité d’une délégation de service public est donc de limiter les coûts de gestion courante en confiant au privé le soin de s’en charger ; il n’est en effet pas question de laisser le privé prendre le pas sur les grandes orientations en matière de mobilité.

Nous trouvons, en ces temps de restrictions budgétaires, qu’il s’agit de la meilleure solution pour l’usager et plus largement pour le contribuable. En effet, une régie demande le recrutement d’une multitude de postes de fonctionnaires dont le statut et le fonctionnement ne sont pas adaptés aux défis demandés par les enjeux de la mobilité urbaine. De l’aveu même d’André Gervais : “on ne sait pas faire sans gros surcoût”.

Il faut savoir qu’en France, il y a trois principaux opérateurs capables de gérer une DSP telle que celle voulue par le Grand Dijon :

  • Kéolis, filiale du groupe SNCF ; fonds 100 % publics
  • Transdev, ex Veolia, filiale de la Caisses des Dépôts  et de Consignations ; fonds publics
  • Groupe RATP, régie et fonds 100 % publics

On constate donc, et c’est peut être un des points les plus importants, que lorsque l’on parle d’opérateur privé, il ne s’agit en fait que de filiales de groupes publics ou de la puissance publique. Ce “point de détail” n’est que trop peu souvent évoqué, et doit répondre à notre sens à l’inquiétude principale des détracteurs de la DSP, à savoir la dilapidation de fonds publics vers de “voraces” groupes privés.

Si l’on en vient maintenant à l’utilité de faire gérer par le même opérateur, tant le réseau de transport en lui même, que les parkings, le stationnement en surface, les vélos en libre service, sans oublier la fourrière, il est important de se souvenir que Dijon est la seule ville de France à gérer ses parkings souterrains en régie.

Les questions d’intermodalité et d’éco-mobilité sont intimement liées dans un pays ayant impulsé la COP 21, s’étant donc engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Les transports représentant plus d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre, il revient aux pouvoirs publics locaux de planifier la mobilité d’aujourd’hui et de demain. Aussi, il convient de piloter ensemble les services publics destinés à la voiture individuelle, mais aussi les transports collectifs si l’on veut arriver à faire basculer les automobilistes vers les modes doux (bus, tramways et vélos).

Cet aspect ne nous avait pas vraiment effleurés, car la vision de l’association était jusqu’alors concentrée sur l’importance de ne pas créer un “monstre” tout puissant qui dicterait sa loi au Grand Dijon. De plus, les médias et les polémiqueurs ayant davantage à coeur l’envie de diffuser des informations sur la validité juridique de tel ou tel document plutôt que de faire de la pédagogie sur les enjeux de la mobilité.

Le fait de confier à des entreprises privées la gestion des différents services publics ayant trait à la mobilité urbaine permettra en outre de fournir à l’usager un service accru et moderne. André Gervais nous a entre autres cité l’exemple de projet de réservation en ligne de la place de parking avec l’emplacement connu à l’avance, de distributeur de parapluies à l’accueil de ce même parking et de la mise en place, ou encore d’un ticket unique parking et transport public.

Ces quelques exemples qui tendent à démontrer que les pouvoirs publics ont enfin compris que le service public peut être couplé sans mal à l’innovation et la qualité en faisant appel à des professionnels de la logistique et du service, sans perdre la main sur les grandes orientations ; la DSP étant bien entendue négociée par les élus.

Un dernier exemple, et non l’un des moindres puisqu’il concerne le recours engagé par les opérateurs de parkings publics contre ce projet de DSP : il semblerait que la véritable raison qui ait motivé le déclenchement des recours était la perte évidente de bénéfices pour les opérateurs de parkings si cette DSP voyait le jour.

La délégation de service public fixe comme marge nette d’exploitation environ 2 à 3 %, quand les opérateurs de parking dégagent actuellement entre 8 et 12 % de marge nette.

 

Enfin, le fait que le principal groupe d’opposition semble favorable à cette nouvelle DSP nous conforte dans l’idée que ce choix stratégique apparaît comme le meilleur possible dans la configuration actuelle. Au vu de la complexité et la longueur quasi infinie de ce qu’on pourrait dire sur la thématique transport, l’association Au Fil des Réseaux vous invite à la rejoindre pour participer au débat et faire entendre votre voix auprès des décideurs politiques sur un sujet qui n’est rien de moins que le premier budget du Grand Dijon.

 

Pour résumer :

  • Outre une vision globale de la mobilité sur l’agglomération, une gestion cohérente est à attendre de ce “nouveau” système de fonctionnement.
  • Le Grand Dijon sera chargé des décisions en matière de tarification, des tracés et des mobiliers urbains. Le budget sera fixé par avance et l’opérateur assumera les éventuelles pertes.
  • Les différents services touchant à la mobilité seront davantage complémentaires. Ainsi, un support unique “bus-tram-car-train-TER” est à l’étude (enfin !).
  • Les parkings offriront davantage de services comme évoqué dans le présent document.
  • Le stationnement extérieur sera dépénalisé à partir de 2018.

Le président d’Au fil des Réseaux
M. Nicolas Roze

 

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